En point d’orgue de sa tournée pour défendre HIVER AUTOMNE, son album sorti cette année, Souffrance a affiché son « nom [qui] en dit long en dix lettres » en rouge au-dessus de l’entrée de la mythique salle du boulevard des Capucines. Le Montreuillois a fait monter son niveau d’ambition avec ce quatrième album, et ce concert parisien en était aussi une démonstration.
C’est avec une scénographie plus élaborée, faite de panneaux led verticaux diffusant des animations capturant différentes humeurs selon les morceaux, que Souffrance a évolué sur la scène de l’Olympia, lui permettant de se faufiler dans ce décor. Mais comme sur ses précédentes scènes parisiennes, plus dépouillées, c’est surtout lui qui a capté l’attention. Sur planches comme sur disque, le rappeur de L’uZine est précis, puissant, tout en rage contenue, cette fois plus maîtrisée qu’auparavant. Son urgence chevillée aux tripes il y a encore un an donnait un certain cachet à ses lives, mais elle a été cette fois mieux domptée pour tenir l’enjeu de cette performance.
Comme pressenti, Souff’ a joué beaucoup de titres de son HIVER AUTOMNE. Leurs cadences plus lentes, flirtant avec la trap, sont taillées pour la scène – notamment les explosifs « Les Moyens », « Puissance en bars » et « Miroir déformant ». Ils sont dans l’extension de certains titres d’Eau de source (sa performance sur « Appuie-tête » suscite toujours des hourras de la foule) et ils apportent un équilibre avec les titres sortis avant 2025, souvent aux inspirations boom bap : « Louvre », « Métro », « Tempête », « Racialiste », « Étoiles filantes », et évidemment « Simba », dont la mélodie vocale est toujours entonnée en chœur par le public. Plus étonnants, ses morceaux inspirés par l’électro froide d’ÉLÉPHANT, son EP surprise envoyé l’an dernier, électrisent aussi son set.
Qu’il rappe sur ses instrus, sans backeur et évidemment sans bande vocale, ou accompagné de musiciens (les pianistes Max KDCH et Chilly Gonzales, le violoniste Axel Bernardon), Souffrance commande avec son flow et sa voix comme le rappeur inaltéré qu’il est, face à un public fervent. Accompagné par un DJ Soul Intellect toujours acrobate aux platines, il n’est pas venu seul. Jewel Usain a distillé son excellent couplet sur « À plus tard », Demi Portion (explosif, comme d’habitude) est monté de Sète pour « Gang Starr », JungleJack est redevenu Jack Furaxx le temps d’un rare « Vers quotidiens », Chilly Gonzales a eu le luxe de rapper et jouer du piano sur « Barbecue en hiver », et évidemment L’uZine s’est rassemblée pour le rappel du concert
La première partie assurée impeccablement par une 2L encore seulement connue des initié.e.s, les interludes tenus par Cenza (« Un trou noir dans un gant blanc »), TonyToxik et Soul Intellect, et le final sur « Or » de L’uZine puis le freestyle (classique) de Souffrance sur l’instru d’« Arrêtez » de Despo Rutti ont donné à ce concert la saveur d’une célébration familiale, quelques mois avant celle collective au Bataclan. Des dates symboliques pour des artistes qui maintiennent depuis de nombreuses années une forme d’intégrité artistique, sans se replier sur eux-mêmes ni leur rap avec. – Raphaël