Pendant longtemps, il aura été un mythe, ou un fantôme de l’underground. En apparaissant et disparaissant à intervalles réguliers, Jeune LC a – sans vraiment le vouloir – créé un engouement autour de lui, qu’il ne faudrait pas uniquement résumer à ses allers-retours entre le rap et la vraie vie. Tout au long de ses rimes et de ses placements, si rares par le passé, le Parisien aura laissé entendre durant la décennie 2010 une science de l’écriture et de l’attitude unique au sein du rap de la capitale. Une musique urgente, ancrée dans la réalité, et remplie de spontanéité, qui ne demandait qu’à un peu plus se montrer. Coton Blanc Argent Sale aura finalement réussi – un peu contre toutes attentes – à combler ce manque.

Après des années de feats et de morceaux sporadiques (pour peu qu’ils ne soient pas supprimés) Jeune LC surprenait en effet son monde en annonçant début 2025 la sortie de son tout premier album. Trente ans après avoir commencé à rapper, l’enfant du 10eme arrondissement se retrouvait alors face à un défi inédit : confirmer les espoirs et les attentes sur un format supérieur à trente minutes, sans tomber dans la répétition. Un vrai enjeu quand on sait que sa musique se partageait auparavant au fil de quelques morceaux, souvent réunis ensuite sous forme de compilations, et sans enjeux propres à la construction d’un vrai long format. Sans renier la spontanéïté qui constitue sa musique, Jeune LC reléve haut la main ce défi sur Coton Blanc Argent Sale, en partant d’un principe simple : faire ce qu’il sait faire, dans sa meilleure forme possible, et en racontant aussi son évolution. 

Construit autour des grands piliers qui ont bâti sa réputation, Jeune LC livre ainsi un grand album de rap parisien, tout en offrant un regard plus distancié sur son environnement. Si la musique du Parisien semblait être auparavant un vécu raconté en direct, elle prend une autre forme aujourd’hui : avec l’expérience, le besoin de se ranger, et la volonté de s’améliorer, le rap de LC semble ainsi aller vers plus de lumière sur son premier album. Sans tomber dans les écueils balourds d’un guide de développement personnel, le rappeur du Xème laisse ainsi entendre des rimes et des réflexions sur sa volonté de devenir une meilleure personne, malgré un environnement pouvant le tirer vers le bas. Une constante sur l’album, qui n’oublie pourtant pas de ranimer tout ce qui a fait sa personnalité par le passé : toujours aussi influencé par le rap américain (celui du sud particulièrement), Jeune LC livre une musique sous influence US, en y ajoutant un regard et une écriture qui la rendent beaucoup plus personnelle. Un rap de rider parisien un peu plus OG et rangé des affaires, aujourd’hui dans une quête de rédemption.

Cette volonté de changer se retrouve notamment en fin d’album, ou des thèmes comme l’amour (« Nuit d’été », « Océan »), les espoirs pour l’avenir (« Univers »), et l’envie de progresser individuellement et collectivement (« Autour de minuit ») se retrouvent particulièrement, sur des sonorités plus chaudes et riches en samples funk ou jazz. Comme si il avait réussi à sortir la tête de l’eau, Jeune LC semble ainsi montrer avec ce premier long format qu’il a fini par réussir à garder son attitude et son amour de Paris, tout en tournant peu à peu la page du vice qui l’entoure. Une lutte interne parfaitement retranscrite musicalement, qu’il résumait au printemps auprès de l’Abcdr du Son en trois mots : « faire du sport, m’instruire, réfléchir. » Telle est aujourd’hui la nouvelle vie de Jeune LC, jeune OG prêt à enfin briller pour de vrai dans le rap français. – Brice Bossavie