Le 5 décembre, Hamza a transformé la Défense Arena en territoire conquis, avec un mélange de flows tirés des États-Unis, de style et de nonchalance, qui caractérise le rappeur depuis ses débuts. Dès les premières minutes, quelque chose s’impose naturellement : une assurance tranquille, jamais arrogante, mais solidement ancrée. L’ambiance devient immédiatement dense, compacte, presque physique, portée par un public venu célébrer bien plus qu’un simple concert. Ce qui se joue ce soir-là dépasse la performance scénique : c’est une trajectoire entière qui est mise en lumière, celle d’un artiste qui n’a jamais lâché, même lorsque son nom circulait encore dans les marges, loin des projecteurs et des certitudes. 

Le show prend rapidement des allures de partage voire de communion. Hamza n’occupe pas l’espace seul, il l’habite et le distribue. Le rappeur belge laisse une place précieuse à la nouvelle génération en invitant Jeune Morty et Sonny Rave à interpréter chacun un morceau. Le geste est fort et sincère. Ne voulant pas tirer la couverture, il rappelle d’où il vient, ce qu’il défend, et surtout ce qu’il incarne : un underground qui, sans renier son ADN, est devenu monumental et universel. Ce qui, à l’époque de H24, était murmuré comme une musique vouée à rester dans une niche se retrouve aujourd’hui célébré par près de 40 000 personnes, réunies dans l’une des plus grandes salles d’Europe. La soirée est rythmée par une succession d’invités, intégrés avec une mise en scène digne d’un show télévisé. Sur l’écran, les artistes apparaissent d’abord en coulisses avant leur entrée sur scène, une petite étoile s’illumine sous leur tête, et l’arène explose. Aya Nakamura, Gazo, PLK, Rsko, Tiakola, SDM, Josman : chacun apporte sa couleur, son énergie, sans jamais voler la vedette à l’hôte de la soirée. Hamza reste le fil conducteur, le point d’équilibre autour duquel tout gravite. 

Sur scène, il déroule un véritable état des lieux de sa discographie. Les titres piliers s’enchaînent avec une fluidité impressionnante, démontrant sa capacité à naviguer entre un rap aux frontières du R&B et une drill plus frontale, plus brute. Les classiques comme « La Sauce » ou « Life » sont clamés à l’unisson, réveillant une nostalgie vieille de dix ans, tandis que « Minuit 13 », extrait marquant de Paradise, s’impose comme l’un des sommets émotionnels du concert. Dans les gradins, l’énergie est totale et tranche avec la tendance des concerts d’observation. Chaque parole est connue, chaque refrain dansé, les corps se lâchent, les voix s’élèvent sans retenue. Hamza respecte son public avec une rigueur devenue rare, offrant 2h30 de musique sans tricher. Il prend aussi le temps de parler, de livrer un message sincère, encourageant chacun à tenir malgré les hauts et les bas de la vie. Une bienveillance simple mais précieuse, qui donne à cette soirée une atmosphère suspendue, presque coupée du monde. – Inès