2025 célébrait les dix ans d’une année essentielle dans le rap français : 2015 et le début officiel du second âge d’or du genre en France. En l’espace de douze mois, des artistes comme PNL, SCH, Vald, Hamza ou Kekra sortaient tous des albums qui allaient marquer leurs auditeurs et le rap français de l’époque, notamment pour leurs propositions nouvelles, parfois difficile d’accès à première vue, et au final surprenantes. Dix ans plus tard, la tentation de comparer 2025 à 2015 sur ce plan serait grande. Et le constat pourrait possiblement avoir un petit goût amer, même si le genre se porte pourtant extrêmement bien commercialement. 

S’il serait malhonnête de dire que l’année du rap français a été décevante musicalement (les albums présentés dans ce bilan viennent prouver le contraire) un sentiment de ronronnement a pourtant parfois pu parcourir 2025, au fur et à mesure des sorties. Tandis que de nombreux grands noms du rap actuel faisaient leurs retours, une sensation revenait elle aussi assez régulièrement chaque vendredi : celle du « bien sans plus ». Ni mauvais, ni fantastiques, de nombreuses sorties en 2025 donnaient l’impression de plutôt bien cocher les cases de ce qu’on en attendait, sans vraiment non plus nous bousculer. Un constat qui s’est évidemment particulièrement fait dans la sphère mainstream : si Hamza, Josman, ou Orelsan ont par exemple plutôt réussi leurs retours (au moins commercialement) la formule proposée par ces trois albums était un peu la même. Une musique proche du disque précédent, avec quelques variations, mais sans grands bouleversements. De quoi garder quelques morceaux dans sa playlist, mais pas assez pour revenir tout le reste de l’année sur l’album dans son entièreté. Les trois artistes cités ne sont pourtant pas les seuls à avoir donné cette impression en 2025 : durant toute l’année, la sensation de découvrir des albums agréables à l’écoute mais un peu en pilotage automatique était ainsi tenace. Comme si, avec le succès du genre et les grandes salles à remplir, la peur de prendre des risques s’installait dans la tête des artistes. 

Si cette remarque s’applique beaucoup à la sphère mainstream, les scènes un peu plus confidentielles ont aussi parfois pu se réfugier dans des formules réussies dans la forme, mais parfois un peu moins audacieuses dans le fond. La tendance au drumless tendance The Alchemist pourrait ainsi avoir de quoi interroger : si l’auteur de ces lignes est le premier à en avoir (beaucoup) écouté cette année, cette forme d’imitation d’un genre déjà énormément exploité aux Etats Unis depuis dix ans peut parfois interroger sur l’envie et la capacité du rap en France à proposer quelque chose de nouveau. Dans un autre genre, l’intérêt renouvelé pour la trap du début des années 2010 par une partie de la nouvelle scène – jusqu’à en faire un copier coller en français – aurait aussi de quoi calmer les débats sur la prétendue supériorité actuelle du rap français sur son grand frère américain. Là est la difficulté : toutes ces sorties ne sont pas ratées, et certaines brillent même par leur qualité. Mais l’intention derrière, presque conservatrice musicalement, voire même  retro, peut être questionnée. Car un art qui regarde trop en arrière prend parfois le risque de moins avancer. Le rock peut en témoigner. 

En 2025, le rap hexagonal aura peut-être un peu failli à livrer des grandes sorties musicales marquantes et surprenantes. Des disques qui créent de la discussion, bouleversent l’ordre établi, et donnent envie de dire : « T’as écouté le dernier album de…? ». À l’exception de PRETTY DOLLCORPSE de Ptite Soeur, Femtogo, et neophron  à l’automne, peu d’albums auront ainsi embrasé les réseaux sociaux et la critique, divisé, crée du débat, de l’analyse, et des points de vues. C’est à travers ces grands moments collectifs que l’on juge de la vitalité d’une scène et d’une musique. 2025 en aura peut être un peu manqué. Brice Bossavie