Dans le livret qui accompagne GOLLIWOG, billy woods présente un extrait de ses mémoires à venir, intitulé The Horror. Il y raconte l’effroi de sa mère alors qu’elle se rend, enfant, chez sa grand-mère, de nuit, par un chemin montagneux en lisière de forêt, plongé dans l’obscurité. Il y raconte ses premières peurs : Superman au cinéma, les VHS que louait sa sœur le vendredi soir (Black ChristmasThe ShiningHalloween…), les livres de King (CarrieThe Dead ZoneRage…), puis le choc Babi Yar de l’ukrainien Anatoli Kouznetsov, où l’horreur pure n’a plus rien de fictive mais devient historique. 

GOLLIWOG, qui est comme le réceptacle de tous ces traumatismes, se tient précisément à ce croisement entre la réalité crue et le cauchemar. Il évoque d’ailleurs une autre référence, non citée par billy woods mais qu’il serait intéressant de lui soumettre : I Walked with a Zombie de Jacques Tourneur. La même atmosphère caribéenne, moite et poisseuse, culmine dans le noyau dur « Cold Sweat », « Golgotha », « A Doll Fulla Pins » et « BLK ZMBY », qui invoquent à la fois la culture vaudou et les brûlots politiques de Fela Kuti.

Suivant la logique du rêve, l’album est ainsi structuré de façon à être constamment déconcertant : des morceaux courts, des interludes foisonnants, des ruptures de ton et un séquençage cinématographique où la musique d’ambiance est prépondérante. Laissés aux soins de plusieurs d’habitués (Kenny Segal, Preservation, The Alchemist, Steel Tipped Dove…), les instrumentaux sont lourds et pesants, constitués de beats étouffants et caverneux, de vents stridents et de bruits dissonants. « Waterproof Mascara » est carrément un film d’horreur à lui tout seul.

Tour à tour tordu, psychédélique, envoûtant, effroyable, GOLLIWOG fait partie de ces disques qui s’écoutent mieux encore dans un état second ou cotonneux, et restera sans doute une date, un jalon important dans l’histoire de ce genre fascinant qu’est l’horrorcore. David²