Publiée de façon cryptique au début de l’année sur les réseaux sociaux de Mass Appeal et de son patron Nas, l’annonce de la série Legend Has It… – en français : « la légende raconte que » – a mis des étincelles dans les yeux de tous les auditeurs qui se sont butés au rap new-yorkais des années 1990. Déjà précédée des trilogiesMagic et King’s Disease de Nas, mais aussi de disques allant dans ce sens (One Of The Best Yet de Gang Starr, Muddy Waters Too de Redman ou The Auditorium Vol. 1 de Common et Pete Rock), cette série allait plus loin. Elle rassemblait Slick Rick, De La Soul, Raekwon, Ghostface Killah, Mobb Deep, Big L et Nas pour un catalogue de sept albums qui allait célébrer un héritage. Avec dans son ADN, implicitement, un revival d’une époque. Après la parution d’une chimère telle que Light-Years, la deuxième du rap après Detox probablement, Nas et DJ Premier concluaient le marathon pré-établi de Mass Appeal avec, enfin, leur album commun. Alors une fois l’entièreté du catalogue dévoilée, que « dit la légende » ?

« If you was locked down for a while, it’s a different place now / They buildin’ hotels where once was the Devil’s playground » – Nas – « New-York State Of Mind pt. 3 »

Legend Has It… traînait dès sa conception le poids des attentes avec lui. Comment succéder à des albums sortis dans l’âge d’or du rap new-yorkais alors que le paysage du rap s’est considérablement transformé ? Comment s’adapter aux nouvelles sonorités et attentes du public ? Legend Has It… est parvenu à se défaire des pièges en partie en gardant une esthétique fidèle à celle qui a fait sa gloire et en la modernisant, un peu par la force des choses. Le plus bel exemple restant Cabin In The Sky de De La Soul, paradoxalement le groupe le plus éloigné du rap plus street de Nas et de ses autres invités, qui est probablement le seul disque qui s’aventure en dehors des rues et des légendes de La Grosse Pomme. Alors oui évidemment, le but était de célébrer mais l’un des reproches qui peut être fait à ce tour de gloire new-yorkais est de tomber parfois dans l’auto-suffisance et de trop se reposer sur sa propre légende. Une légende restée malgré les plus beaux morceaux de cet exercice (« Wild Corsicans » de Raekwon, « Georgy Peorgy » de Ghostface, « Pour The Henny »de Mobb Deep, « My Story Your Story » de Nas et AZ) trois décennies en arrière. Infinite est réussi grâce à des producteurs (Havoc et The Alchemist) très impliqués dans l’héritage de Mobb Deep et des leftovers de Prodigy.

À l’inverse, les disques de Slick Rick et de Big L resteront probablement très anecdotiques (pourquoi si peu de producteurs du D.I.T.C sur Harlem’s Finest : Return Of The King ?). Supreme Clientele 2 et The Emperor’s New Clothes, même avec de beaux moments, ont l’air de mixtapes deluxe et souffrent de la comparaison avec les indiscutables des discographies de Ghost & Rae. Quant à Light-Years, il a le mérite après plus de vingt ans d’attente de ne pas donner du réchauffé et de prendre parti pour une approche presque loopless de Preemo. La moitié de Gang Starr a choisi de dépouiller ses prods pour mettre les batteries et les basses en avant et laisser de la place au flow impeccable de Nas.

Alors non, comme cela pouvait se prévoir, aucun de ces disques ne surpasse leurs vieux aînés passés à postérité et ils manquent tous d’un peu de sang neuf et/ou de créativité pour pouvoir péter le plafond. Mais même si elle tient parfois de la visite de musée, il est difficile de bouder son plaisir devant une initiative qui, avec plus de cinquante ans au compteur pour le rap, est la première de cette ampleur à voir le jour.  – JuldelaVirgule