Elles s’étaient déjà faites remarquer en 2024, et ont confirmé en 2025 : en un an, Mandyspie et Douze Déluge ont prouvé qu’elles étaient les nouveaux visages d’un son rap français expérimental et exigeant, sans renoncer non plus à une forme de légèreté dans leur musique. Un duo qui a démarré l’année en offrant par surprise un EP en commun, nommé 12M : si les deux rappeuses s’affichaient ensemble sur les réseaux sociaux et dans leurs clips depuis quelques temps, aucun morceau commun n’avait jusque-là publiquement vu le jour. Cette anomalie a ainsi été réglée le temps de trois titres faisant la jonction entre les univers similaires mais aussi distincts des deux artistes. D’un côté, le rap autotuné et synthétique de Mandyspie (qu’elle racontait sur notre site l’an dernier), et de l’autre la musique sombre et menaçante de Douze Déluge, pour donner naissance à une musique à la fois dark et bondissante, notamment sur le très bon « DRAMAQUEENCERTIF »

Cette première sortie n’a alors pas arrêté les deux rappeuses, qui ont continué, chacune de leur côté, d’occuper le terrain en solo durant tout 2025 : Mandyspie s’est ainsi faite remarquer le temps d’un featuring avec la rappeuse Surprise, « FRENCH TOUCH », (aujourd’hui devenu le second morceau le plus écouté de sa carrière) avant de dévoiler son nouvel EP MINUIT MOINS UNE. Le temps de six titres, la Franco-Canadienne livrait alors une version encore plus poussée de ce qu’elle avait déjà laissé entendre jusque-là, dans des tons un peu plus estivaux et moins rock que son dernier EP. À l’image de morceaux comme « ATYPICAL » ou « LOLITA », sur lesquels la rappeuse dévoilait une nouvelle facilité à livrer des refrains entêtants. Quelques semaines plus tard, c’était au tour de son homologue de livrer au tout début du mois de juillet LOONEYS & STRAIN ARCHIVE, une première mixtape qui viendra confirmer le potentiel entraperçu dans sa musique jusque-là. Le temps de vingt-sept minutes, le long format inaugural de Douze Déluge remplit parfaitement son rôle de carte de visite de la musique atmosphérique de la rappeuse à la voix susurrée, tout en s’essayant à des ambiances différentes. À l’image du puissant (et terrifiant) « GIRL POWER », porté pas ses cuivres et ses pianos dissonants, qui accompagnent une Douze Déluge infusée de seum (« J’crois ça fait un p’tit temps qu’les humains ils me testent / J’crois ça les fait bander d’savoir que j’les déteste »).

Une année productive qui aura finalement été récompensée par une performance commune des deux rappeuses en ouverture du Grünt Festival 2025 en octobre dernier, marquant une nouvelle étape dans l’évolution progressive, mais constante, de leurs carrières depuis deux ans. Sans se conformer aux codes établis, Mandyspie et Douze Déluge ont ainsi prouvé cette année en musique et en live qu’une autre voie était possible dans le rap français : celle d’un rap avec ses propres références tout en refusant les compromis, quitte à dérouter certains auditeurs. Mais en en emportant sans doute beaucoup d’autres avec elles. En 2025 comme en 2026.  – Brice Bossavie