« Quand je disais que j’étais rappeur, les gens rigolaient rapidement. Je pense qu’[ils] n’arrivaient pas à comprendre à quel point j’étais déterminé. » En pleine période de Covid, l’Abcdr du Son discutait longuement avec PLK de sa musique et de son parcours à la rentrée 2020. Au cours de cette heure d’entretien, la question de sa place dans le rap français revenait au détour d’une question : à la fois très écouté, et en même temps discret (son album ENNA avait surpris en faisant disque d’or en deux semaines) le Clamartois était vu à ce moment de sa carrière comme un outsider inattendu. Cinq années plus tard, PLK à réussi à devenir une tête d’affiche du rap français, à l’image de ses deux concerts au Stade de France annoncés pour la rentrée 2026 en septembre dernier. Une performance qui le fait ainsi rejoindre la catégorie de Ninho, seul artiste de l’histoire du rap français à avoir – pour l’instant – joué deux fois dans la plus grande enceinte du pays, soit 180 000 places.
Alors pourquoi la musique de PLK plutôt que celle d’un autre rappeur ? Sans doute parce qu’à l’image d’un Ninho ou d’un Jul, le rappeur a réussi à trouver son équilibre en plaçant sa musique à la frontière exacte entre respect du rap et ouverture à des sonorités pop très grand public. Depuis ses débuts, chaque sortie que dévoile PLK jongle ainsi constamment entre de longs morceaux rappés, souvent sous influences années 2000 (« À la base », « Périph », « 3 en 1 », « Mental », « Dangereux ») et titres majoritairement chantés et pensés pour être repris à l’unisson (« Nouvelles », « Attentat », « Faut Pas »). Une capacité à fondre son flow dans n’importe quelle sonorité, de la trap à la drill en passant par la chanson ou le dancehall, qui aura ainsi permis à PLK d’infiltrer toutes les oreilles, qu’elles soient fans de rap ou d’autres musiques.
Malgré ce succès populaire, un paradoxe demeure pourtant : à chaque fin d’année, le nom de PLK ou de ses albums n’est pas celui qui revient forcément en premier dans les top annuels des observateurs du rap. Porté par le public, mais parfois moins estimé par la critique, PLK semble ainsi être plus présent dans le cœur de ses auditeurs que des chroniqueurs. Peu bavard dans les médias et sur les réseaux sociaux, PLK a ainsi toujours joué le jeu de la discrétion, quitte à parfois se retrouver de côté dans les débats sur les poids lourds du rap français, ou les cérémonies de récompenses. Les chiffres parlent pourtant pour lui : Chambre 140 aura fini par devenir l’album le plus écouté sur Spotify en France en 2024, suivi d’une tournée complète à travers la France (dont trois Accor Arena). À l’instar d’autres artistes de sa génération (Hamza, Gazo, Ninho) le rappeur de Clamart doit en effet faire face à une équation difficile à résoudre depuis son explosion en 2020 : comment continuer à toucher le plus grand nombre – même en dehors du rap – tout en restant intéressant musicalement ? Une sensation qui se ressentait particulièrement sur Chambre 140, dernière sortie en date du Clamartois. Véritable blockbuster, la quatrième mixtape du rappeur ne proposait ainsi pas forcément de nouveauté ou de surprise dans ce qu’il faisait. Mais une des meilleures versions de ce qu’il fallait faire à ce moment-là dans le rap français.
Une force et parfois une faiblesse, qui trouvera sans doute plus de réponses en musique en 2026 : l’annonce de sa tournée et de ses deux stades sous entend forcément la sortie d’un nouveau long format, le premier depuis deux ans maintenant. Si la logique voudrait que le rappeur reste dans sa zone musicale grand public, PLK a montré par le passé qu’il pouvait tout à fait sortir des sentiers battus. Ses nombreuses collaborations avec le producteur Platinumwav sur ses sonorités synthétiques l’ont prouvé, y compris sur Chambre 140. Mais le poids qu’a pris le rappeur du 92, et la diversité de son public, lui permettent-t-il aujourd’hui de prendre des risques, quitte à perdre des gens ? Une question qui résonne aujourd’hui à l’ensemble du rap français mainstream. Et à laquelle PLK et sa musique vont apporter une réponse en 2026. Sur disque, et dans les stades – Brice Bossavie, Inès