Pour marquer l’arrivée du printemps, c’est à l’Accor Arena que La Fouine a donné deux concerts relevant moins de la simple date parisienne que de la mise au point. Vingt ans de carrière, et une soirée pensée comme une démonstration : remettre les points sur les i, les micros sur les tables, et rappeler à qui voulait bien l’entendre que sa place dans le rap français n’est ni discutable ni nostalgique. Elle est acquise, construite, et toujours vivante.
Dès les premières minutes, une chose saute aux yeux – et surtout aux oreilles : rien n’a été volé ou spéculé. La Fouine rappe avec précision, souffle intact, articulation nette. Il chante aussi, assume pleinement cette double casquette qui a longtemps fait débat mais qui, ce soir-là, ancre son talent. Le succès qu’il a connu n’a rien d’un malentendu, c’est le fruit d’un travail, d’une rigueur et d’un sens du public rarement démenti sur la durée, avec la sortie de CAPITALE DU CRIME RADIO venue rafraîchir sa proposition. Certes, ses plus grands tubes sont peut-être derrière lui, mais artistiquement, La Fouine est encore dans le coup. L’ensemble donne un concert dense, généreux, porté par une discographie suffisamment riche pour tenir deux arènes.
Le public, justement, raconte beaucoup. Dans la salle, toutes les générations se croisent : des jeunes, des parents, parfois des familles entières, des groupes d’amis, des auditeurs qui l’ont suivi dès ses débuts, comme ceux qui l’ont découvert plus récemment. Cette diversité est à l’image de son parcours. Les classiques s’enchaînent et ne semblent jamais s’épuiser : « D’où l’on vient », « Papa », « Qui peut me stopper », « Ma Meilleure ». Chaque morceau agit comme un marqueur de vie, un souvenir collectif repris en chœur. La soirée est aussi marquée par une liste d’invités impressionnante, qui traverse les époques et les esthétiques du rap francophone : Soprano, Fababy, Sultan, Zaho, Blacko, Canardo, ElGrandeToto, Youssoupha, Leck, L2B, RK. Des présences qui ne diluent pas le propos mais l’enrichissent, soulignant l’influence réelle de La Fouine sur plusieurs générations d’artistes.
Ce concert est fort de sens, d’émotions et de substance. À voir et entendre le public, difficile de nier l’impact qu’il a eu sur la vie de nombreuses personnes, à travers des refrains devenus iconiques, des freestyles marquants et une formule qui n’a toujours pas trouvé d’équivalent. Laouni a fait rayonner le 78, la banlieue, et plus largement un rap français multiple, populaire et sincère. – Inès