En enfilant pour la première fois son uniforme de détenu en 2009, Charley « Max B » Wingate pouvait déjà prétendre avoir marqué l’histoire du rap américain, tout du moins celui de NYC. Son travail aux côtés de Jim Jones, ses apparitions auprès de Cam’ron, son run avec French Montana et ses déjà nombreuses mixtapes faisaient de lui une figure connue de la seconde moitié des années 2000. Les mélodies délicates et maladroites qu’il affectionnait tant étaient la preuve d’une liberté maximale. Impudiques et douloureux, ses textes s’inscrivaient dans la lignée de ceux de Tupac ou Lil Boosie, tandis que ses refrains chantés faisaient office de chevaux de Troie pour pénétrer les esprits réfractaires, comme ceux qui avaient ouvert à 50 Cent les portes de la gloire mondiale. À cela s’ajoutait un bagout incroyable archivé par de multiples vidéos contribuant à faire de Max B un de ces rappeurs cartoonesques que le public des années 2010 affectionnerait tant.
Paradoxe d’une incarcération à l’ère de la communication instantanée et des flux constants, Max B est devenu une légende planétaire depuis les quelques mètres carrés de sa cellule du New Jersey. Gucci Mane peut en témoigner, le destin prévoit parfois des circonstances inattendues pour faire pleuvoir les étoiles. Max B, avec son sourire scintillant, ses cheveux défrisés, ses airs je-m’en-foutiste et son slang, est devenu une sorte d’icône pour les nerds du rap. Peut-être y a-t-il eu un côté bête de foire à cette soudaine fascination pour Max, mais elle s’est fort heureusement rapidement accompagnée d’une admiration musicale. L’ensemble du catalogue du Wave God a été revalorisé sur les plateformes à travers les 24 volumes de Library of a Legend, qui constituent une source inépuisable d’écoutes aléatoires. Durant la grosse quinzaine d’années qu’aura duré son emprisonnement, Max B aura vu sa côte de popularité grimper en flèche, notamment au gré des citations de son nom par ses pairs, parfois bien plus jeunes que lui, mais touchés eux aussi par la wave de la mixtape era et de ses divers revival, de Tumblr à Twitter en passant par Spotify.
Brandi comme un étendard communautaire depuis les années 2010 face à l’injustice connue par Wavy Crockett, le cri du cœur « Free Max B », décliné en hashtag, en refrains et en t-shirts aura rallié des centaines de milliers d’adhérents, de Harlem à Los Angeles, des Philippines à Genève, de Montpellier à Londres… Depuis le 9 novembre dernier, Charley est donc dehors. Il savoure sa liberté auprès de ses enfants chéris, de sa compagne et de ses amis, qu’ils soient rappeurs ou non. On l’a vu en studio et en showcase (où la violence de la rue s’est déjà rappelée à lui…), il a pu afficher son large sourire et ses nouveaux bijoux sur divers évènements, ce qui fut d’ailleurs l’occasion pour lui de palper un peu cette célébrité dont il n’avait pu avoir que des échos depuis la taule.
Avec Public Domain 7 : The Purge, Max B a sorti fin décembre sa première mixtape post incarcération et renoué avec sa formule la plus classique. Il a retrouvé French Montana (qui n’a absolument jamais cessé de lui rendre hommage depuis 16 ans), Dame Grease ou Masar, ses acolytes historiques, et il y a fort à parier que Harry Fraud et lui se réunissent également très vite. Désormais, la Vague est libre, elle en profite et, souhaitons-le, son public en fera autant. En pareilles circonstances, il est toujours délicat d’avoir des attentes vis-à-vis d’artistes qui -rappelons le-ne doivent rien à personne, et pour qui surtout, le seul fait de retrouver le droit de respirer, écrire et chanter est une fin en soi, qui mérite célébration. – B2